Quelque chose de Guy

7 décembre 2007 - Joël Jenzer

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LIVRE Dans le roman «Quelque chose de Johnny», Guy Carlier imagine que l'idole Johnny Hallyday meurt. Il en profite pour dresser un portrait peu glorieux des célébrités. Entretien

Pour Guy Carlier, Johnny Hallyday est plus qu'une simple icône: durant son enfance, l'écrivain-chroniqueur a été porté par le chanteur, qui l'a (indirectement) aidé à supporter des heures douloureuses. Alors, quand, quarante-cinq ans après avoir reçu son premier disque de Johnny, l'écrivain imagine que l'idole est morte, ça donne «Quelque chose de Johnny», un roman qui montre l'admiration de Carlier pour le chanteur, pour lequel il a d'ailleurs écrit les paroles de la chanson «Ce qui ne tue pas nous rend plus forts».

Fidèle à ses manières, Guy Carlier profite du livre pour dresser des portraits peu glorieux de people qui gravitent autour de Johnny: à commencer par le producteur Jean-Claude Camus, qui organise les obsèques sous forme de caravane publicitaire. Sardou, Pagny, Drucker, Sarkozy, Barbelivien, Arthur et compagnie en prennent aussi pour leur grade.

Johnny Hallyday est un personnage qui vous fascine?
Un jour, dans un restaurant, un couple recevait le chef de service de l'homme, ils sentaient que la conversation tombait un peu, et la femme a dit: «Raconte le jour où tu as rencontré Johnny!» Et le type a raconté tout ça en se faisant mousser, en faisant passer Johnny pour un con, etc. Et je me suis rendu compte qu'en fait tous les instants ordinaires de la vie de Johnny sont des instants extraordinaires des gens qui le croisent. Moi le premier: je l'avais rencontré une fois dans un cinéma, je le raconte dans le livre: cette anecdote, je l'ai embellie, enjolivée, magnifiée au cours des mois et des années... Ce qui me fascine, c'est que tout le monde l'a fait passer pour un con et qu'il est toujours là, malgré tout. Et je pense que c'est malgré lui. Ce type-là, on dit souvent qu'il a une présence animale, etc. Il a quelque chose dont il n'est pas maître, quelque chose de physique, du magnétisme, de l'ordre de l'indicible... Il y a très peu de gens qui sont comme ça. Johnny peut chanter, danser, dire des conneries, vendre des lunettes, aller à Gstaad, il sera toujours là!

On vous reproche souvent d'attaquer toujours les mêmes personnes, et des cibles faciles...
On me reproche aussi l'inverse, c'est incroyable! Dans un article terrible dans «Voici», Yann Moix (c'est d'autant plus violent quand les gens ont du style) me reprochait d'être une girouette, d'attaquer les uns, puis les autres, etc. Je trouve ce procédé honteux de m'attaquer là-dessus, à partir du moment où c'est ce dont je suis le plus fier: quand vous faites des chroniques sur l'actu à France Inter, si vous taillez Sarkozy un jour, la moindre des politesses, c'est de ne pas laisser transparaître vos idées, et, le lendemain, de faire l'inverse. Et je me suis fait une fierté de ne pas céder à la tentation fasciste du micro, de ne jamais régler mes comptes.

Mais vous avez quand même vos têtes de Turc...
C'est vrai qu'à une époque, j'avais trouvé des têtes de Turc, comme Julien Lepers, ça me faisait rire. Et un jour, j'ai appris que ce garçon en souffrait vraiment, que, pour lui, c'était de l'acharnement... Quand vous pensez que son émission est enregistrée, et que, donc, on coupe les grosses conneries, et que, malgré tout, vous avez de quoi faire une chronique chaque jour... Evidemment, à la fin, c'était une facilité. Mais c'est vrai qu'à France Inter - ça, c'est un reproche que je me fais -, qui a un côté un peu militant, comme «Télérama», j'étais devenu une sorte de José Bové du PAF. Et ça, ça ne m'amusait pas du tout, car j'étais juste là pour chambrer, je ne me sentais investi d'aucune mission.

Vous ne regrettez pas d'avoir arrêté votre collaboration avec Marc-Olivier Fogiel à la télé?
Il se trouve que j'avais une vraie relation affective avec Marco: j'ai refusé plein de choses, je ne voulais pas aller à la télé... J'ai accepté avec Marco, simplement parce qu'il m'a dit: «Je veux une chronique écrite dont on parle à la machine le lundi matin.» Je ne regrette pas, dans la mesure où mes rapports avec Marco ont été magnifiques sur le plan personnel - le meilleur moment de l'émission, c'était l'étreinte qu'on échangeait avant de rentrer sur le plateau. Après, ce que Marco appelait «le coeur du réacteur», c'est quelque chose qui m'a déplu. J'étais là pour jouer ce rôle de snipper - un mot terrible: je pensais que j'étais là pour une chronique, et le lundi matin, les journaux m'appelaient pour me parler de l'altercation de la veille avec Elizabeth Teissier... Voilà pourquoi je ne l'ai pas suivi sur M6.

«Quelque chose de Johnny», Editions Plon. 37 francs

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source : www.lenouvelliste.ch