logo le MatinGuy Carlier: «Enfant, j'étais puni tout le temps»

L'interview indiscrète

Le chroniqueur est seul en scène, le 1er avril au Théâtre de Vevey et jeudi prochain, dans «La Puce à l’Oreille», sur RTS1. Drôle et tendre.

qui êtes-vous?  Un enfant qui a dépassé la soixantaine, pas forcément heureux d’être vieux sans être adulte. Il fallait que je réalise mes rêves de gosse. Monter sur une scène et être près de Frédéric Dard qui a remplacé mon père. J’ai épousé sa fille, Joséphine.

Votre tout premier souvenir?

L’abandon. Ma mère travaillait pour nous faire vivre elle et moi. Elle m’a mis dans une garderie. J’avais trois ans et demi, les autres gamins six ans. J’étais terrorisé par leur bruit, ils me paraissaient immenses. Je me suis collé contre un mur en me bouchant les oreilles. Ma mère travaillait dans un bureau le jour et le soir dans le vestiaire d’un club.

Etiez-vous un enfant sage?

Non! J’étais très turbulent et tout le temps puni par ma mère et surtout mon beau-père qui ne m’aimait pas beaucoup. On ne savait d’ailleurs plus pourquoi j’étais puni. J’étais privé de télé, de match de foot. Un jour, la grande équipe du Brésil est venue avec Pelé. J’avais 13 ans, c’était en avril 1963. Je m’étais bien tenu quelques mois. Arrive le jour du match, un dimanche après-midi. Les copains débarquent après déjeuner. «Est-ce que Guy peut venir?» demandent-ils à ma mère. Mon beau-père répond: «Ben non, tu sais bien qu’il est puni!» Or, je ne faisais plus de conneries depuis 6 mois. Mais c’était l’habitude. J’en ai été très malheureux.

De quoi aviez-vous peur?

De la cave. Nous n’avions pas de frigo. Les boissons étaient dans des bassines emplies de pains de glace. Je descendais et ressortais en courant et en hurlant pour couvrir le bruit d’un éventuel monstre qui me poursuivrait.

Quel fut votre plus grand choc?

L’amour en colonies de vacances. La première fois que vous ressentez cette espèce de chien qui vous mange les entrailles. Souvenir merveilleux et douloureux à la fois. J’avais 12 ans.

Votre mère vous disait-elle «Je t’aime»?

Jamais enfant. Après, elle n’a cessé de me le dire, adulte, et je ne voulais pas l’entendre. J’avais un beau-père odieux et je n’osais rien dire à maman pour ne pas créer de problème entre eux. Ma mère est morte lorsque j’ai commencé ce spectacle. J’ai joué le soir même. Le dernier jour on a conversé longuement. Elle m’a parlé de la mort. Je l’ai écoutée, j’ai tenu sa main et on s’est dit qu’on s’aimait.

Comment avez-vous gagné votre tout premier argent?

En distribuant des prospectus. Un matin on a tout balancé dans une bouche d’égout. Le chef d’équipe est arrivé en demandant: «Vous avez déjà fini?» Nous, on fumait sur un banc au bord de la Seine. Et là (rires) on a vu flotter comme dans le film «Mélodie en sous-sol» tous les prospectus remontés à la surface. On s’est fait virer sur-le-champ.

Que vouliez-vous devenir?

Jean Yanne! Pour dire des conneries à la radio. Je l’écoutais le dimanche et je reproduisais ses sketchs devant la classe. Une psychologue avait vu mes parents en disant: «Il faut qu’il fasse un métier en contact avec le public». Mon beau-père a rétorqué: «Non, tu feras de la comptabilité». Il était chef comptable. J’ai fait Sciences Eco et j’ai fini directeur financier assez jeune.

L’amour pour la première fois. C’était quand et avec qui?

Un camarade - du genre plus vieux que les autres - m’a proposé d’aller aux putes. J’avais prévu d’aller voir «West Side Story» (rires). On a regardé le film et ensuite nous sommes montés chez cette pute. Elle avait une verrue avec des poils sur le bout du téton. J’avais 15 ans. Elle a pris un luxe de précautions car j’étais mineur. C’était pathétique.

Et la fois sans payer?

C’était en Espagne. Je logeais dans un gîte où sont arrivées une classe de vacances de filles et des bonnes sœurs. Le soir, j’ai croisé le regard d’une étudiante à la fenêtre. C’était très beau, un 15 août. Il y avait la Procession de la Vierge à Tarragone. J’avais laissé ma porte ouverte. La fille m’a rejoint. Elle s’appelait Loli. J’avais une guitare sèche. Elle est venue et m’a dit: «Tu lui as donné un nom à la guitare?» J’ai dit: «Non, comment tu t’appelles?» Elle m’a répondu: «Loli». Je lui ai dit: «Alors ma guitare s’appellera Loli».

Quelle est la plus belle de vos qualités?

La générosité. Mon spectacle s’intitule «Ici et maintenant», c’est un partage. Dans les années 70, lorsque j’allais voir les Stones, Guy Bedos ou du foot, ça m’aidait à vivre. J’y pensais dès le matin. À la fin je me disais que nos vies s’étaient séparées à nouveau. Le spectacle, c’est ça: une éternité éphémère. Ça dure 1 h 30, mais ça reste lové dans nos âmes pour l’éternité.

Votre plus grand regret?

Avoir démarré ce métier à 40 ans. Peut-être n’aurais-je pas eu ma propre petite musique plus jeune.

Avez-vous déjà volé?

Des livres au Prisunic. D’habitude la directrice appelait les flics, mais elle a été touchée: c’était des bouquins. Les disques, on les volait au Printemps, le grand magasin. Derrière l’immeuble, il y avait la rue de Provence et ses prostituées. Le jour où j’ai piqué un Stones, on a fini au commissariat. Mes parents sont venus me chercher (rire sifflant). On était en cage, derrière une grille. Il y avait deux putes qui disaient: «Alors les petits chéris en pull Shetland?» C’était la mode. En voyant la tête de ma mère, son regard sur cette cage avec les demi-mondaines, j’ai éclaté de rire. En plus mes parents s’étaient habillés en dimanche! (Rire.)

Avez-vous déjà tué?

Non. Au service militaire on tirait sur des cibles en forme de corps humains. Lorsque la cible revenait avec les trous, c’était terrible.

Si vous aviez le permis de tuer quelqu’un, qui serait-ce?

Personne. On ne peut pas laisser parler l’animal qui est en nous. Mais si quelqu’un fait du mal à Antoine, comme ce qui s’est passé à Toulouse, je redeviens animal, quitte à finir en taule.

C’est quoi le vrai bonheur?

Le regard de mes garçons. J’en ai trois. (ndlr 40 ans, 26 ans et 5 ans).

Avec qui aimeriez-vous passer une agréable soirée?

Woody Allen. Sinon, Jaoui et Bacri.

Qui trouvez-vous sexy?

Plutôt un mouvement. Une femme qui s’accroupit pour prendre quelque chose dans un frigo bar.

Pour qui était votre dernier baiser?

Mon fils Antoine. Il m’a offert un caillou. Une «perle de pluie» comme dirait Brel.

Pourquoi avez-vous pleuré la dernière fois?

J’ai des accès d’aquoibonisme. Je me dis: «à quoi bon tout ça?» Le fait que ma mère soit partie, d’un seul coup j’ai pris conscience du côté éphémère des choses.

De quoi souffrez-vous?

Des genoux, c’est lié au poids. Je n’ai plus de crises de boulimie depuis 5 ans. Je vais me faire opérer

Avez-vous déjà frôlé la mort?

Probablement lorsque je me détruisais. J’avais 45 kilos de plus. Je faisais de l’apnée du sommeil. Encore deux ans et je n’étais pas loin du trou.

Croyez-vous en Dieu?

Je ne conçois pas que l’on vienne, comme ça, du néant. Il y a quelque chose au-dessus de nous.

Votre péché mignon?

Une côte de porc purée avec le petit volcan pour le beurre. Les babas au rhum, comme Frédéric Dard.

Trois objets culturels sur une île déserte?

«Faut-il tuer les petits garçons qui ont les mains sur les hanches» de Dard, tout Woody Allen et les Beatles.

Combien gagnez-vous?

Du temps de Fogiel quelque chose comme 20 000 euros par mois. Lorsque je ne fais que de la radio ou de la scène, 12 000 euros environ.

Qui sont vos vrais amis?

Marco (ndlr Fogiel), François Rollin, Laurent Ruquier. Sinon, des copains d’enfance qui m’appellent Carl, le diminutif de Carlier, ça remonte au collège.

Que souhaitez-vous à vos pires ennemis?

L’indifférence.

Ronflez-vous la nuit?

Plus maintenant!

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

Guy Bedos. J’ai un amour inconditionnel pour ce mec.

Videos :

Guy Carlier à Florange lors de la Première (tant attendue) de son spectacle : "Ici et maintenant "

 

http://www.youtube.com/watch?v=meUYXL0Od08&feature=player_embedded

Guy Carlier dans " La douche froide " sur Europe 1 :

 

http://www.youtube.com/watch?v=L-OQuap9NRE&feature=player_embedded

 

 

(Le Matin)

Créé: 23.03.2012, 22h50

 

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